Les égouts (aussi connus sous le nom de deuxième cercle du demi-sous-sol).
Les égouts (aussi connus sous le nom de deuxième cercle du demi-sous-sol).

— Ah man ! s'écria Nessos. J'aurais tant voulu ne jamais me retrouver encore ici !

— Et qu'est-ce que cet « ici », au juste ? demandai-je.

— Ce sont les égouts, dit Andrea Androida 042. J'en ai souvent entendu parler, mais c'est la première fois que j'y mets les pieds.

Le paysage qui m'entourait correspondait en tous points à l'idée que je me faisais de l'enfer. L'air était brûlant et chargé de poussière. Le sol, les roches, les quelques arbustes rachitiques, tout était recouvert d'une épaisse poussière grasse d'un brun tirant sur le noir. L'odeur était fétide et difficilement supportable. De-ci de-là se trouvaient des débris déchiquetés de rebuts de diverses tailles et le vent semblait hurler en se faufilant à travers les amas rocheux.

— C'est donc ici que se ramasse toute la merde qu'on balance à travers les télépoubelles et les téléporteurs sanitaires ? demandai-je.

— Ouaip, répondit Nessos en se roulant un joint.

— Pourquoi alors est-ce qu'il y a tant de déchets ? Je pensais que les portails destructifs réduisaient tout en de fines particules…

— C'est parce que beaucoup de téléporteurs sanitaires et de télépoubelles sont mal installés et calibrés. On se tue à vous dire que ça doit être fait par des professionnel·les, mais personne ne veut nous écouter, dit Andrea.

Je tentai de me connecter au neuronet avec mon iCagoule pour en apprendre davantage sur ce lieu maudit, mais je ne captais aucun réseau. Tramontina™, qui devina ce que j'essayais de faire, me dit :

— Inutile d'essayer, je n'arrive pas à me connecter sur le neuronet non plus. Peut-être est-ce ces nuages noirs qui bloquent le signal satellite...

— Ce n'est pas ça le problème, dit Nessos en roulant un joint. Il n'y a pas de satellites.

— Voyons, c'est impossible, répondis-je.

— C'est très possible, dit Andrea. Nous ne sommes pas dans la même dimension que celle où se trouve ton appartement. Ou la ville de Vieuholle. Ou le reste.

— Je ne comprends pas... dis-je sur un ton alarmé.

— Je vais te faire un dessin, dit Nessos en traçant un cercle dans la poussière noire du sol avec un de ses sabots. Disons que ceci est ton demi-sous-sol… ton appartement occupe le premier cercle. Dans une dimension parallèle qui se trouve tout juste en dessous…

— Ce n'est pas vraiment « en dessous », c'est un peu plus complexe que ça… ajouta Andrea.

— Je schématise, la tentacule. Disons que c'est un cercle inférieur, pour simplifier, dit-il en dessinant un second cercle, en dessous du premier.

— Got it. C'est le deuxième cercle du demi-sous-sol, le premier étant occupé par mon appartement, résumai-je.

— Encore là, c'est plus compliqué. Cette dimension est inférieure, oui, et elle est plus petite que le premier cercle… sauf qu'elle est aussi plus grande, beaucoup plus grande, ajouta Andrea.

— Ça ne fait aucun sens, dis-je en grattant ma tête à travers mon iCagoule.

— Ce qui ne fait aucun sens, c'est de rester ici. Le vent se lève et si nous ne trouvons pas un abri, nous allons devenir des déchets de plus dans cette plaine de rebuts, dit Nessos en allumant son joint.

— La question est : où doit-on aller ? demanda Andrea.

Tramontina™ émit un faisceau lumineux qui mit en évidence des traces de pas qui partaient de l'exact endroit où nous nous étions matérialisés et qui partaient en direction d'un pic rocheux qui semblait se trouver à quelques kilomètres de distance.

Je suggère que nous suivions cette piste, dit Tramontina™. Selon toutes probabilités, ces traces ont été laissées par l'intrus qui s'est introduit dans l'appartement et qui a volé le Rapport Hite d'Anne.