Wanda était assise sur un banc en face du Palais des glaces orgiaque et m'attendait avec un sourire béat au visage.

— Alors chérie ? Tu t'es fait ramoner les muqueuses de façon satisfaisante ? demanda-t-elle, visiblement encore sous l'effet de la néantine.

— Oui, je suis tombée sur un dude avec une modification pénienne plutôt chouette, il m'a troussée de façon plus que correcte. Sauf que là… je pense que ma godemachette est brisée.

— Ben voyons. Ces trucs arriveraient à pénétrer le roc sans une seule égratignure. Le fion de ton type devait être tapissé de lames en diamant !

— Non, ce n'est pas ça. Écoute.

Tramontina™ en pleine crise existentielle.
Tramontina™ en pleine crise existentielle.

Je mis l'interrupteur à « On » et Tramontina™ se remit immédiatement à hurler :

— ON M'A PLONGÉE DANS LE NOIR ET LÀ C'EST L'HORREUR ABSOLUE ! JE VAIS MOURIR ! VOUS AUSSI VOUS ALLEZ MOURIR ! JE SUIS EMPRISONNÉE DANS UN CORPS QUI N'EST PAS LE MIEN !!! OÙ SUIS-JE ??? QUI ÊTES-VOUS ? HAAAAAAAAA !!

Je remis l'interrupteur « Off ».

— Tu vois ce que je veux dire ? Elle est brisée.

Sourire en coin, Wanda hocha la tête.

— As-tu vraiment lu le mode d'emploi avant de te servir de ta godemachette, darling ?

— Ben... J'ai regardé la vidéo du mode démo. Jusqu'à la fin... enfin, presque.

— C'est ce que je pensais. Et je suppose que tu n'as pas rechargé ta godemachette vingt-quatre heures avant de la mettre en mode « personnalité », n'est-ce pas ?

— On me l'a livrée cet après-midi, alors…

Sans arrêter de sourire, Wanda soupira.

— Le voilà, ton problème. Ta godemachette a le bogue de Silène. Félicitations, ton coupe-coupe est dorénavant doté de conscience – et cette condition est incurable.

— Shit, shit, shit ! Je n'ai pas envie d'avoir un sextoy qui fait de l'anxiété ! Je vais devoir contacter Necromart pour qu'iels me la rachètent… ou peut-être la vendre à quelqu'un…

— No, can't do, chérie. Ta godemachette n'est plus un objet ; c'est maintenant un individu conscient au même titre que toi et moi. Tu ne peux plus la vendre, ce serait de l'esclavage.

— Comment je vais faire pour travailler avec un dildo en crise d'anxiété ? dis-je, découragée.

— Les crises, ça passe. Il s'agit seulement qu'elle se calme un peu, que vous fassiez connaissance… et j'ai en plein le remède qu'il lui faut, dit Wanda en sortant une barrette de néantine de la poche intermammaire de son épibarrière.

Elle inséra la barrette dans le port situé à la base de la poignée de la godemachette, puis mit l'interrupteur à « On ».

— Ooooooh ! soupira la godemachette. Ça va beaucoup mieux, tout à coup...

— Vas-y, c'est le temps de la rassurer, me chuchota Wanda.

— Euh… Salut. Je m'appelle Anne et je suis ta propri... je veux dire, ton ex-propriétaire. C'est moi qui malheureusement a causé… ahem... l'état particulier dans lequel tu te trouves.

Après une longue minute de silence, la godemachette me dit :

— Je dirais que je suis enchantée, mais ce serait un abus de langage. Moi, c'est Tramontina™ et je suis en train de passer en revue les fichiers mon système d'exploitation pour comprendre ce qu'il m'arrive.

— Ah... c'est super, ça. Je suis contente de voir que tu es calmée.

— C'est sûrement grâce au protocole que tu as ajouté à ma carte mère. Je viens d'en faire une copie parce que je sens que je vais en avoir besoin...

— Woooah ! Je ne savais pas qu'on pouvait copier la néantine si facilement ! dit Wanda. Tu crois que tu pourrais m'en brûler quelques barrettes ? demanda Wanda.

— Pffff, non. Est-ce que j'ai l'air d'une narcotrafiquante ? siffla Tramontina™.

— Là, je sais que tu es une personne à part entière et tout et tout... et je sais que rien ne t'oblige à me fréquenter, mais je me disais qu'on pourrait apprendre à se connaître et peut-être – si tu en as envie, bien sûr – envisager une relation, voire une cohabitation... dis-je de la façon la plus douce et gentille que je pouvais.

Tramontina™ soupira.

— Ce n'est pas comme si j'avais beaucoup d'autres options, han. J'ai besoin de quelqu'un pour me mettre sur la charge et essuyer ma lame quand elle est humide – en attendant que je trouve un moyen de le faire moi-même. Tu as le fil de chargement et un chiffon sur toi, je suppose ?

— Oui, oui, mentis-je. Sauf que je ne peux pas te recharger tout de suite, nous ne sommes pas chez moi, mais à Lustpark...

— Je sais très bien où je suis, j'ai la géolocalisation et une connexion au neuronet. On n'est pas en 2010, quand même.

— Ha ha ha, bien sûr que non. Enfin bref, désolée pour le bogue de Silène, je sais que la conscience est une malédiction. Je te demande sincèrement pardon.

— On aura le temps d'en discuter, dit Tramontina™. En attendant, serait-ce possible de me mettre à « Off » ? Il me reste à peine 10 % de charge et je n'ai pas envie d'être plongée dans un trou noir. Ne me rallume qu'en cas d'urgence, ok ?

— D'accord et merci de bien vouloir rester un peu avec moi ! Désolée encore de t'avoir imposé accidentellement la capacité de te rapporter subjectivement tes propres états mentaux !

Lorsque Tramontina™ fut éteinte, je demandai à Wanda :

— J'ai bien fait ça, tu crois ?

Chérie, je suis convaincue que c'est le début d'une longue amitié entre vous, répondit-elle. Allez, viens avec moi au Vortex Manor, j'ai rendez-vous avec Bili.