Tout près de l'entrée se trouvait mon attraction préférée de tout Lustpark – et je m'en serais voulu de ne pas la visiter.

— Tu viens dans le palais des glaces avec moi, dis ? Il me semble que je me ferais pistonner l'appareil génital en bonne et due forme, là, tout de suite... Ça me remettrait les idées en place avant le spectacle, dis-je à Wanda.

— Nan, je suis en plein dans la zone du non-être et suis trop contente de ne rien vouloir. Vas-y, je t'attends à l'extérieur, dit Wanda avec un large sourire induit par la néantine.

Le palais des glaces orgiaque
Le palais des glaces orgiaque

Après avoir payé mon entrée, j'entrouvris les fentes génitales et mammaires de mon épibarrière, histoire de pouvoir attirer les mouches avec autre chose que du vinaigre, puis j'entrai dans le palais des glaces orgiaque, l'une des attractions les plus courues de Lustpark. Il s'agit d'un labyrinthe au plancher capitonné d'une superficie de quatre kilomètres carrés, dont les murs sont faits de verre trempé et de miroirs. Le but est d'y trouver un ou une partenaire sexuel·le sans se perdre – ce qui arrive à tout le monde qui ne triche pas en se servant de son iCagoule pour s'orienter. Je croisai plusieurs collègues qui me firent des yeux doux, mais je jetai mon dévolu sur un charmant jeune homme aux cheveux bleus et aux yeux blonds qui caressait un pénis techno-modifié de façon aguichante. Après une courte poursuite (parce que je trichais et pas lui), je finis par l'attraper et fus enfin en position d'assouvir mes désirs.

— Prends-moi bien fort, beau gosse ! lui dis-je en appuyant mes deux mains contre un miroir et en lui tendant mon derrière.

— Tu la veux dans ton cul ou dans ta chatte, demanda mon adonis aux cheveux d'azur.

— Les deux – si possible en même temps.

— Pas de problème. Tu aimes les gros engins ? demanda-t-il.

— Pas vraiment, non. Sois chou et reste dans la moyenne nord-américaine.

La techno-bite de mon partenaire se dédoubla et prit la taille que je réclamais. Il enfila deux condoms (parce que le phellodon confluens fait encore des ravages) et pénétra avec précaution mon vagin et mon rectum. Était-ce le savoir-faire de mon amant de passage ? Était-ce parce que sa bite bionique était dotée de senseurs qui l'informaient en temps réel de mon étant d'excitation et que le rythme et l'angle de la pénétration s'adaptaient automatiquement à mon plaisir ? Toujours est-il que je ne tardai pas à jouir en bavant sur le miroir où mon visage était écrasé.

L'adonis aux cheveux bleus se retira et je me retournai, les jambes flageolantes et le corps encore traversé des derniers soubresauts de volupté. Il enleva ses deux condoms remplis de foutre de la même couleur que ses cheveux, fit des nœuds pour ne rien renverser, puis les jeta dans la télépoubelle qui se trouvait dans un coin. Il me dit ensuite :

— Chouette godemachette que tu as là !

— Oui ! Je viens de la recevoir il y a quelques heures à peine et je ne l'ai même pas encore utilisée sur quelqu'un d'autre que moi-même !

— Ça te dirait que je sois ton cobaye ? dit-il en se penchant et en écartant les fesses.

— Heee haw ! Sois mon cobaye, cowboy ! dis-je en rigolant.

Je plaçai donc le premier interrupteur de ma godemachette à « mode personnalité » et le second à « On ». Je m'attendais à ce qu'elle se mette tout simplement à vibrer. Elle se mit plutôt à crier :

— Mais... mais... qu'est-ce qui se passe ? Où est-ce que je suis ? Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous avez fait de mon corps ? AH NON ! Je viens de COMPRENDRE ! Je vais MOURIR ! Nous allons TOUS MOURIR ! Pas juste moi, vous aussi ! Et toi ! Et toi aussi ! OH NOOOON ! NOOOOOOOOOON !

— What de fuck ! criai-je. Qu'est-ce qui vient de se produire ?

— Je ne sais pas, mais je trouve ça turn off en querisse, dit mon amant de passage en rétractant son techno-pénis dans sa cavité abdominale. J'ai eu ben du fun, poupée, mais là, je dois trouver la sortie de ce foutu labyrinthe. On se reparle, ok ?

— Oui, bien sûr, on se reparle, dis-je, sans me soucier de lui demander son numéro sur Braintime.

Je l'entendis se cogner le nez à quelques reprises sur les plaques de verre trempé en s'éloignant. Quand je jugeai qu'il était suffisamment loin, je me risquai de nouveau à mettre la godemachette à « On ». Bien entendu, elle se mit immédiatement à hurler :

— AAAAAAAH ! J'étais plongée dans un trou noir ! C'était le vide autour de moi ! L'HORREUR GLACIALE ET ABSOLUE ! Je vous en prie, ne me faites plus jamais ça ! MAIS QU'EST-CE QUI M'ARRIVE À LA FIIIIIN ???

J'éteignis de nouveau la godemachette en me disant que Wanda allait sûrement m'aider à régler ce problème. J'utilisai donc mon iCagoule pour trouver le chemin le plus court hors du palais des glaces, évitant au passage les nombreux individus qui s'accouplaient de façon acrobatique autour de moi. Je glissai dans une flaque de foutre qui me fit presque échapper ma godemachette, tournai le coin et trouvai la sortie où m'attendait Wanda, avec au visage le même sourire extatique que tout à l'heure.