— Un crâne ? demandais-je, incrédule.

— Oui, un crâne. D'une branleuse géante, de toute évidence. Je me demande ce qu'elle faisait aussi loin des plaines fongiques... dit Nessos.

— Cette branleuse devait être immense !

— Probablement plus de 25 mères, dit-il. Viens, on va voir ce qu'il y a à l'intérieur.

Nous approchâmes de la bouche du crâne et nous constatâmes qu'il avait servi d'abri de fortune pour des gens qui étaient passés avant nous. Il y avait des couvertures, une dizaine de bidons de plastique (deux remplis d'eau, les autres vides), des vêtements épars, un tromblon acoustique qui semblait en bon état de marche et un orgonateur portatif.

Nessos s'occupant du feu devant le crane de la branleuse géante.
Nessos s'occupant du feu devant le crane de la branleuse géante.

— Je vois que nous ne sommes pas les premier·ères à prendre refuge dans ce crâne, dit Nessos.

— Il reste de l'eau dans certains bidons et je pense qu'elle est fraîche, dis-je en reniflant un goulot.

— Mets des couvertures dans le coin et occupons-nous du plombier, dit-il en attrapant le bras d'Andrea qui gisait encore sur son dos.

Nous installâmes Andréa sur les couvertures et j'humectai ses lèvres brûlées par le désert. Iel émit quelques grognements, reprit conscience et nous dit, d'une voix faible :

— Tellement... soif...

— Ne bois pas trop vite, dis-je en portant le bidon à ses lèvres.

— Où sommes-nous ?

— Dans le crâne d'une branleuse géante.

— Hein ? Qu'est-ce que c'est ça ? dit Andrea, inquièt·e.

— Chut ! Ne bois pas trop vite. Voilà... une petite gorgée à la fois...

Pendant que je prenais soin d'Andrea, Nessos fit l'inventaire du matériel que nous disposions maintenant pour assurer notre survie. Lorsque le techno-plombier, hors de danger, se rendormit, il m'en fit rapport.

— On a de quoi boire, de quoi se défendre et quelques trucs à manger, dit-il en me tendant le tiers d'une barre Eat More.

— Où as-tu pris ça ? dis-je avant de la fourrer avidement dans ma bouche.

— J'en ai quelques-unes dans mon sac, que je vais garder hors de ta portée voyant l'effet qu'elles te font.

— Désolée de vous interrompre, dit soudainement Tramontina™, mais puisque vous vous alimentez, je me suis dit que ça ne serait pas une mauvaise idée que je le fasse aussi. Il y a cet orgonateur qui pourrait fort probablement me recharger...

— Tout de suite, Tina™! dis-je la bouche encore pleine, en essuyant mes mains sur mon épibarrière.

Je la branchai sur l'appareil et dès que son voyant de recharge s'alluma, elle s'écria :

— Oh yes ! That's the stuff.

— Pendant que ces dames se sustentent, je vais voir si je peux faire un feu juste à l'extérieur du crâne. Les nuits sont fraîches dans les égoûts, dit Nessos.

En grignotant mon bout de Eat More, je le regardai ramasser des débris inflammables torse nu, la sueur luisant comme des perles sous la lumière diffuse de la lune. Il était décidément trop bien foutu, ce salaud. Je repassai mentalement les bribes de souvenirs qu'il me restait de la baise intense et confuse que nous avons eue tous les deux sous l'influence des chlorociboria aeruginascens et j'en humidifiai l'entrecuisse de mon épibarrière.

— Tu en pinces pour lui, dit alors Tramontina™.

— Pas du tout ! Qu'est-ce que tu racontes ?

— Ne me prends pas pour une conne juste parce que je suis un couteau doué de conscience, dit-elle sur son ton agacé habituel. Dois-je te rappeler que nous sommes neuroconnectées et que tu viens de m'exposer à ta porn mentale ?

— J'oublie toujours le lien spécial que nous avons toutes les deux, Tina™.

— Alors qu'est-ce que tu attends ? Va lui montrer tout ce qu'une Orgasmatron Girl sait faire lorsqu'elle n'est pas sous l'emprise de champignons aphrodisiaques.

— Mais je dois m'occuper d'Andrea...

— T'inquète, je vais lae surveiller. Vas-y, sinon tu vas avoir des regrets et ça m'agace au plus haut point quand tu m'envoies tes fucking regrets par neuroconnexion.

— Merci Tina™, tu es toujours de bon conseil.

— Ouais, ouais, c'est ça, dit-elle en allumant son scan de surveillance.