La photo d'identification d'Anne prise lors de son arrestation – avec et sans iCagoule.
La photo d'identification d'Anne prise lors de son arrestation – avec et sans iCagoule.

« Qu'est-ce qui se passe, ma petite dame ? », me demanda le premier agent. « On est perdue ? »

— Justement, messieurs les agents, je le suis. J'étais à la recherche d'un kwaa-bar et ça fait plus d'une heure que je marche et je me disais...

— C'est rare qu'on voit une pute se promener en plein jour dans les beaux quartiers, n'est-ce pas, Roger ? commenta le second.

— Très rare, mon Marcel, très rare. D'habitude, elles osent seulement sortir à l'air libre le soir – et juste dans leur parc d'attraction pour dégénérés. Tu crois qu'elle est ici pour troubler l'ordre public ?

— Je vous assure, messieurs, je ne fais que chercher un endroit pour me restaurer quelques heures avant de repartir chez moi. Je ne cherche pas du tout à causer le moindre problème, protestai-je.

— Ce n'est pas ce que les images prises par notre drone de surveillance nous racontent, dit Marcel et me montrant l'écran qu'il portait sur son avant-bras gauche.

Sur la vidéo, on me voyait m'accroupir, le cul à l'air derrière un buisson, pour soulager ma vessie.

— Miction publique, dit Roger sur le ton de l'évidence. Ça va te valoir au moins dix ans aux catacombes... et une inscription au registre des délinquantes sexuelles.

— Je vous en prie ! Ce n'est pas ma faute ! Il n'y a que des maisons ici, ça faisait des heures que je marchais, j'avais une envie pressante, je...

L'autopatrouille du SPV.
L'autopatrouille du SPV.

— On s'en fout, la pute, tu t'expliqueras au poste, dit Marcel en me passant les menottes dans le dos. Tu es en état d'arrestation pour grossière indécence, tout ce que tu diras va être retenu contre toi – et je peux t'assurer qu'on va le faire !

Les deux agents me firent monter dans leur autopatrouille, qui ressemblait davantage à un tank qu'à une voiture de police. Ils enchaînèrent mes chevilles à la banquette arrière du véhicule, puis Marcel démarra en trombe en faisant crisser les pneus du tank. Après avoir zigzagué un temps dans les rues de la troisième strate, le chauffard se tourna vers moi et dit :

— On t'amène au poste pour un interrogatoire… serré.

— Hu hu hu hu ! rit bêtement son collègue.

— Si tu collabores, on va peut-être te laisser partir avec un simple avertissement, ajouta-Marcel.

— Qu'est-ce que je suis censé comprendre ? demandai-je.

— On va comprendre que tu gardes le silence si c'est parce que tu as la bouche pleine, si tu vois ce que je veux dire... répondit Roger avec un sourire niais.

— Hu hu hu hu hu hu ! rit à son tour Marcel.

— Considérant ton métier, tu seras en terrain connu. C'est juste qu'au lieu de te payer par Bankruptpal, on va te payer en nature, ajouta Roger.

— En liquide ! HA HA HA HA HA ! cria Marcel.

— T'es trop drôle, l'gros, répondit Roger en se garant devant un immeuble dont la façade était du même noir que l'autopatrouille et son uniforme.

Les deux policiers me firent sortir du véhicule et me traînèrent au poste, jusqu'au service d'identification judiciaire où l'on m'enleva les menottes et on me fit tenir un écriteau avec mon nom et un numéro de matricule, pour ensuite me prendre en photo.

— Eille la comique ! me cria Marcel. Enlève ta cagoule, qu'on puisse voir ta face !

Je retirai donc mon iCagoule et je dus poser pour quelques clichés de face et de profil. Lorsque ce fut fait, les deux flics m'escortèrent jusque dans une cellule où Roger m'enferma en me disant : « On va te laisser réfléchir ici quelques heures. On viendra ensuite te chercher pour ton interrogatoire et tu auras intérêt à être gentille avec nous, la pute. » Les deux flics s'éloignèrent ensuite en rigolant comme des porcs.

Ma cellule était très petite et surtout très sale. Le plancher était recouvert de poussière et de débris divers et les murs, maculés de taches brunâtres. Il n'y avait qu'une seule fenêtre, sans vitre, qui était obstruée par des barreaux. Et sur l'unique banc de la cellule était assis un homme extrêmement obèse qui me regardait en souriant. Après quelques secondes de malaise, je lui dis : « Bonjour monsieur... »

AAAAANNE ! Ma chérie ! Si je m'attendais à te voir ici ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment t'es-tu retrouvée au poste ?