Oook, en rat-garou, tenant Anne, en laisse.
Oook, en rat-garou, tenant Anne, en laisse.

— Je t'arrête tout de suite, dit Valet, il n'est pas question qu'on t'accompagne là-bas.

— Mais pourquoi pas ? Vous pourriez me donner un lift dans votre limousine... Ce serait sans danger, parce que je doute que ce soit des rats volants...

— Hu hu hu ! Des rats volants ! s'esclaffa Garnier.

— Pas de chance, camarade, les orgonateurs de la bagnole sont à plat, dit Valet en se léchant la patte. On a tout juste pu la garer dans notre planque – et encore, il a fallu qu'on la pousse un peu.

— Comment vais-je alors arriver à traverser la moitié de la strate sans tomber dans les griffes des rats-garous ? me désolai-je.

— J'ai peut-être une solution pour toi, dit une jeune femme nue qui me ressemblait comme deux gouttes de kwaa et qui sortait de la cuisine, une cannette de lait évaporé sucré ouverte à la main.

Stupéfaite, je le regardai, puis balbutia :

— Mais... mais... mais qui êtes-vous ?

— Ah la la, c'est toujours la même histoire avec toi. Je suis Oook, ton épouse, tu te souviens ?

— Euh... maintenant que tu le mentionnes, ça me dit vaguement quelque chose...

— Attends, je vais te rafraîchir la mémoire, dit Oook en déposant sa cannette de lait sucré sur la table à kwaa.

Il attrapa mon visage à deux mains, puis m'embrassa longuement, avec sa langue semi-liquide qui s'insinuait dans ma bouche et me procurait des sensations qui m'approchaient de l'orgasme. Il y avait sûrement quelque chose dans l'air, des phéromones, des spores ou whatever, parce que des souvenirs sur ma relation et mon mariage avec Oook me revenaient lentement à l'esprit. Mais était-ce vraiment mes propres souvenirs ? Je décidai de faire comme si.

— C'est fou comme un simple baiser peut me faire autant d'effet, dis-je, franchement impressionnée.

— C'est la passion, ma jolie, dit Oook en remettant sa joue droite en place qui s'était un peu affaissée.

— Et ta solution géniale ?

— La meilleure façon de passer inaperçu parmi des rats-garous, qu'est-ce que c'est selon toi ?

— Euh...

— Allez, démonstration.

Oook prit une rasade de lait condensé sucré, puis se transforma en une masse gélatineuse translucide. Il reprit ensuite la forme d'un rat-garou en uniforme paramilitaire et me dit avec une voix stridente de rongeur :

— Ma chérie, tu es dorénavant ma prisonnière et moi, ton escorte.

— Ha ! C'est juste assez con pour fonctionner ! miaula Bonnot. Attends, on a volé quelque chose qui pourrait parfaire l'illusion.

Il alla fouiller dans les boîtes de Necromart fraîchement volées et en extirpa une épibarrière.

— Non seulement tu auras l'air d'une vraie prisonnière politique, mais ce vêtement va t'offrir un peu de protection supplémentaire, dit-il en le déposant à mes pieds.

— Excellente idée ! s'écria Oook. Enfile ça tout de suite, ma chérie ; je suis sûr que ça va te faire comme un gant en caoutchouc !

— Je peux bien l'essayer, dis-je en me rendant vers la chambre. Je n'allais quand même pas me foutre à poil devant toute la bande.

Enfiler ce truc fut beaucoup plus difficile que prévu. À ce moment-là, je ne savais pas encore qu'il fallait que j'établisse une neuroconnexion avec le vêtement avant de le mettre, pour que sa taille s'adapte aux formes de mon corps. Je me suis donc débattue avec l'épibarrière pendant une bonne quinzaine de minutes avant de réussir à la remonter au-dessus de mes seins. J'étais assise sur mon lit pour reprendre mon souffle quand Oook entra dans la chambre. Il me dit :

— Besoin d'un coup de main, mon amour ?

— Si tu pouvais juste tirer sur ma manche, pour que je puisse glisser mon bras...

Oook fit comme je lui demandai et la manche se rétracta jusqu'au niveau de l'épaule.

— Ça alors... essaie avec l'autre ! demandai-je.

C'est ce qu'il fit ; l'autre manche se rétracta exactement de la même manière – et je pus finir d'enfiler l'épibarrière. Je me regardai dans ma psyché et avec mon iCagoule, j'avais tout à fait l'air d'une Orgasmatron Girl. Oook me contemplait d'un œil à la fois approbateur et amoureux. Il m'embrassa, puis me dit à l'oreille :

— J'ai un autre accessoire qui va parfaire l'ensemble et le rendre extrêmement plausible.

Il ouvrit le garde-robe de la chambre et de derrière sa cuve sortit des menottes attachées à une laisse de chien.

— Je sens que je vais le regretter, soupirai-je en lui tendant mes poignets derrière mon dos.

— Ça se passera sans aucun problème, je connais les rues de cette ville comme mes propres lamellules, dit Oook pour me rassurer.

— Bonne chance, camarades ! miaulèrent en chœur mes chats.

— Soyez sages et ne faites pas vos griffes sur le sofa ! criai-je en leur direction.

— Oui, oui ! Bien sûr ! dit Garnier en rétractant ses griffes et en remettant ses pattes sur le parquet.

Les poignets menottés derrière le dos, je sortis de l'appartement, suivie de Oook (sous l'apparence d'un rat-garou) et entrepris de traverser la ville secouée par l'insurrection pour livrer mon message.