Alors que la situation devenait désespérée, nous entendîmes, Tramontina™, Andrea, Nessos et moi, les clitamines qui s'approchaient à toute allure en criant « Kroka grundoy ! Kroka grundoy ! ». Elles étaient montées par des hommes et des femmes qui portaient des sombreros cordobés, des cache-poussières, des bottes de cuir et des carabines Winchester. Iels tirèrent des coups de semonce au-dessus de la tête de nos assaillants qui, voyant qu'ils ne pourraient plus garder le haut du pavé, fuirent en se dispersant dans la nuit. « Botoko ! Grundoy jena ! » se mirent à chanter joyeusement les clitamines. Une femme descendit de sa monture, enjamba les cadavres de rats-garous qui gisaient à nos pieds, leva son chapeau et nous dit :

— Je suis Josiane Bédard, porte-parole déléguée du comité de patrouille des égouts de la C.R.A.S.S.E., et voici ma camarade Jouvina.

Un militant de la C.R.A.S.S.E. et une clitamine patrouillant ensemble les égouts.
Un militant de la C.R.A.S.S.E. et une clitamine patrouillant ensemble les égouts.

Porklot ! dit la clitamine en hochant la tête.

— Je suis drôlement contente de vous voir, c'était moins une ! dis-je. Je suis Anne et voici mes compagnon·agnes Tramontina™, Nessos et Andrea Androida 042.

— Salut ! dit Nessos.

— Enchanté·e de faire votre connaissance, dit Andrea, content·e que le sang qui tachait son visage dissimulait qu'iel rougissait.

— Je peux savoir ce que font une Orgasmatron Girl, un trans-équin et ce qui m'a tout l'air d'être un techno-plombier font dans ce coin des égouts ? demanda Josiane en remettant son chapeau.

— Je ne faisais que les suivre, madame, bredouilla Andrea en s'essuyant avec mon chiffon à godemachette qu'iel tenait avec une de ses robots tentacules.

— C'est une longue histoire, dit Nessos en se roulant un joint.

— Nous poursuivons un b'lergheumb'lehien qui m'a volé un bien précieux, expliquai-je succinctement.

— Sa trace nous a mené·es jusqu'à ce crâne de branleuse géante... puis nous l'avons perdue, précisa Tramontina™.

Josiane sortit une photo de son sac et me la tendit.

— Est-ce le champignon que vous recherchez ? demanda-t-elle.

— C'est exactement lui, répondit Tramontina™. Il se nomme Albus Lepus.

— Je sais. La photo provient d'une de nos caméras de surveillance et nous en savons un peu sur lui grâce à une camarade infiltrée chez les b'lergheumb'lehiens, dit Josiane en remettant la photo dans son sac. Il a emprunté le portail collatéral du sud et est probablement dans le troisième cercle au moment où on se parle.

— Vous savez donc ce qu'il m'a volé...

— Le seul exemplaire complet connu du Rapport Hite. Il y a des gens qui seraient prêts à tuer pour se procurer ce bouquin... vous êtes chanceuse de vous en être sortie à si bon compte.

— Il n'est pas question que je laisse mon précieux livre avec ces connards de fongus qui vont le salir avec leurs sales doigts enduits de spores ! m'écriai-je. S'il le faut, j'irai jusqu'au fond de l'enfer pour le récupérer !

Josiane me regarda longuement, puis dit :

— C'est peut-être littéralement ce que vous aurez à faire.

— Qu'est-ce qu'elle veut dire par « littéralement » ? demanda Andrea, inquiet·e ?

— T'inquiète, je t'expliquerai, lui répondit Nessos en allumant son joint.

Les camarades de Josiane fouillèrent l'intérieur du crane de la branleuse géante, puis se préparèrent à retourner à leur base. Avant de remonter sur sa clitamine, Josiane dit à Nessos, Andrea, Tramontina™ et Anne :

— Si vous restez là, le scatorocco va vous engloutir. Accompagnez-nous jusqu'à Interzone, vous pourrez vous restaurer et nous pourrons échanger de l'information sur notre problème commun et nous aider mutuellement.

Elle me fit signe de monter sur sa clitamine et de m'asseoir derrière elle. Nessos regarda Andrea, soupira, puis lui dit :

— Allez grimpe, la tentacule – sauf que dis-toi bien qu'on n'en fera pas une habitude.

Nous partîmes donc avec les anarchistes en direction du plus proche portail collatéral vers Interzone.