Anne, Andrea et Nessos, discutant des détails de leur mission avec Belphégor les les militant·es de la C.R.A.S.S.E.

Le silence s'installa dans la maison Erich-Mushäm. Belphégor échangea un long regard avec Josiane.

« La priorité est d'intercepter Albus Lepus avant qu'il ne puisse livrer le Rapport Hite à Rottekongen », dit Belphégor. « Nous avons un contact dans la Cité de Dis. On l'appelle "le Cook" et travaille comme chef dans une des innombrables pizzérias de la ville. Il faudrait prendre contact avec lui, il vous indiquera quel est le lieu de rencontre entre Lepus et le chef des rats-garous

— Et comment sommes-nous censés nous rendre dans la Cité de Dis ? demanda Nessos.

— Nous disposons d'un portail collatéral qui mène au troisième cercle, répondit Josiane. De l'autre côté, un passeur vous attendra. Il n'est pas vraiment un sympathisant de la C.R.A.S.S.E., mais il collabore quand même avec nous, puisque nous lui fournissons les naucories à odeur de concombre dont il a besoin pour garder sa forme humaine. Nous les avons placés dans un contenant hermétique hautement sécurisé ; vous pourrez les lui remettre et il vous mènera au quatrième cercle.

Belphégor se leva et alla chercher dans une armoire ce qui ressemblait à un petit bidon de lait en acier inoxydable, sur lequel était imprimé un avertissement de danger biologique. Il le tendit à Nessos, qui refusa net d'y toucher.

— Pas question que je m'approche de ce truc, dit-il. J'ai déjà vu des collègues mourir dans d'atroces souffrances après avoir été en contact avec ces champignons.

— Ne vous inquiétez pas, ce n'est dangereux que lorsque c'est ouvert, dit le militant de la C.R.A.S.S.E.

Il tendit alors le contenant à Andrea, qui n'avait pas l'air du tout rassuré·e, mais qui le prit quand même avec une de ses robots-tentacules.

— Je sais que vous avez fait un long voyage à travers le deuxième cercle et que vous êtes fort probablement très fatigué·es, dit Belphégor. Kiki et Camarade Yana pourront vous accompagner jusqu'à une des maisonnettes que nous réservons à nos visiteur·euses. Vous pourrez aussi vous restaurer au centre alimentaire, et même visiter le centre de distribution et l'armurerie pour vous armer correctement.

— On vous demande toutefois de ne pas trop traîner, chaque minute compte si nous voulons intercepter Albus Lepus avant qu'une catastrophe se produise, ajouta Josiane.

— C'est vrai qu'un peu de repos ne nous ferait pas de tort, dis-je en jetant un regard à mes deux compagnon·agnes.

— Comme le disait Emma Goldman : venez, je vais vous amener jusqu'à vos quartiers, dit Kiki.

— On peut passer chercher de la crème glacée, avant ? demanda Camarade Yana.

— Seulement si nos hôtes en ont envie, dirait Emma Goldman.

— On présente une pièce de Salvadora Medina Onrubia en ce moment au Théâtre Garcia-Lorca. J'y suis allé hier, je suis sûr que vous allez apprécier, ajouta Belphégor.

— Si c'est davantage les arts visuels qui vous intéressent, il y a une chouette exposition à la Bibliothèque Voltairine-de-Cleyre qui vaut le détour, proposa Josiane. Elle explore les différentes émotions qui peuvent être transmises par l'art de façon directe, non médiée.

— Ce qui m'intéresserait surtout, ce serait jeter un coup d'œil à vos portails collatéraux, dit Andrea. Je ne comprends pas comment vous arrivez à en tirer de l'énergie… et puis, ce serait bien que je puisse confirmer que j'ai un moyen de retourner au turbin avant que mes patron·nes soient furax.

— Quant à moi, je voudrais bien arrêter au centre de distribution avant de faire tout cela, ajouta Nessos. Selma m'a dit qu'elle avait de... la bourrure à pipe à me refiler. Tu veux bien, Anne ?

En fait, j'étais un peu dépassée par les événements et ne savais plus très bien ce que je voulais.