— Il faut appeler Bili immédiatement. J'ai un mauvais pressentiment, après ce qu'il vient de se produire, dit Wanda lorsqu'elle eut enfin réussi à prendre place dans la Delaunay-Belleville.

— Inutile de vous donner cette peine, dit Valet qui tenait le volant de la voiture. Je peux vous déposer à l'entrée du Vortex Manor, c'est juste à côté.

— Pas le temps d'attendre ! Il nous faut une mise à jour immédiate sur la situation ! cria Wanda.

— Je l'appelle tout de suite et je t'ajoute à la conversation ! répondis-je en m'accrochant sur la banquette de la limousine volante.

J'appelai donc sur Braintime qui, avant de me connecter, me refila une publicité directement dans la boîte crânienne :

La première sphère du pouvoir a votre bien-être à coeur. La première sphère du pouvoir n'a qu'un seul objectif : que vous soyez logés, nourris, en santé et en sécurité. La première sphère du pouvoir sait toutefois que le bonheur est difficile à atteindre. La première sphère du pouvoir sait que la vie peut devenir insoutenable. La première sphère du pouvoir vous comprend et vous soutient dans toutes les étapes de votre vie et même de votre mort. Voilà pourquoi la première sphère du pouvoir offre gratuitement à toutes les personnes ayant accès au neuronet l'application E.Z. Suicide. Grâce à la technologie éprouvée de l'Orgasmatron, E.Z. Suicide vous permet de quitter ce monde sans douleur, sans regrets – et dans la joie. La plupart du temps, en finir avec la vie n'est pas une solution ; pour toutes les autres fois, il y a E.Z. Suicide. C'était un message de la première sphère du pouvoir, commandité par Necromart.

Dès que la publicité fut terminée, nous entendîmes la voix de Bili, qui semblait à bout de souffle.

— Êtes-vous encore au spectacle ? nous demanda-t-il immédiatement.

— Nous sommes en direction du Vortex Manor, dit Wanda. Nous avons mis fin à l'opération de propagande de Rottekongen et repoussé l'attaque des rats-garous.

— Ne venez ici sous aucun prétexte ! dit Bili. Le Manor fait l'objet d'une descente de police et au moins trois sœurs se font arrêter !

— Es-tu en sureté ? demanda Wanda, inquiète.

— Je suis planqué dans le dojo avec une vingtaine de sœurs. Ils n'ont pas trouvé l'entrée secrète et je n'ai pas l'impression qu'ils la trouveront.

— Mais pourquoi nous arrêtent-ils alors que les rats-garous ont investi le parc ? demandai-je.

— Pour permettre aux rats-garous de réaliser leur coup d'éclat sans notre interférence, tout simplement, dit Bili.

— Qu'est-ce qu'on peut faire ? demanda Wanda.

— Vous devez vous rendre de toute urgence à la Genital Arcade. Des forains avec qui nous entretenons des relations de soutien mutuel viennent de m'informer que des rats-garous y tiennent les membres des Stunning Frequencies en otage. Vous êtes les seules à pouvoir intervenir !

— C'est impossible ! Tout le groupe était dans le coma sur scène quand nous combattions les rats ! protestai-je.

— Vous étiez probablement trop occupées à les découper en rondelles pour remarquer qu'on les a kidnappé·es. Quoi qu'il en soit, les Frequencies sont des allié·es et des camarades, il faut les secourir !

— On s'en occupe, Bili. Ces fachos vont saigner ! dit Tramontina™ qui avait suivi toute la conversation, avant de raccrocher.

La communication ayant pris fin, Wanda dit à la godemachette :

— Modère ton impulsivité, je t'en prie. Il y a des vies en jeu.

Lola Coma tenue en joue par un rat-garou.
Lola Coma tenue en joue par un rat-garou.

— Pfff. Mon sens de l'initiative vous a sauvé la peau des fesses tout à l'heure, râla Tina™. Hey le ti-minou ! Direction la Genital Arcade, prompto !

— Si cet épluche-patate me traite une seule fois de plus de ti-minou, je vous jure que je la querisse par-dessus bord, maugréa Valet.

Notre chauffeur fit demi-tour et conduisit la Delaunay-Belleville volante jusqu'à la Genital Arcade, la zone de Lustpark où se trouvent les jeux de foire et d'habileté. Wanda et moi, Tina™ au poing, nous sautâmes de la voiture et courûmes dans les allées bordées de kiosques de défi anal, de jeu du squirt, d'éjaculation en longueur et de jack-off-a-mole. En tournant un coin, nous arrivâmes nez-à-nez avec quatre rats-garous tenant en joue Tranny Trance, Lola Coma, Stu Stunned et Andy Normal.

— Ah non ! Pas encore elles ! s'écria l'un deux.

— Jetez vos armes, sinon on fait éclater leurs cervelles comme des melons trop mûrs ! jappa un autre.

— Faites ce qu'ils disent ! Je suis trop jeune pour mourir ! cria Andy Normal.

— Ne l'écoutez-pas ! Ils vont vous tuer et nous tuer ensuite ! protesta Tranny Trance.

— Laissez-les partir et battez-vous avec honneur, salopards de fachos ! menaça Wanda.

— Pas question ! Le chef nous a donné l'ordre de nous saisir de ces dégénéré·es ! ricana un troisième rat-garou.

— Demande-leur comment ils reçoivent leurs ordres, me dit Tramontina™ en secret, par neuroconnexion.

— Han? Pourquoi ?

— Fais-le, je te dis !

Je ne comprenais pas où ma godemachette voulait en venir, mais ne sachant pas quoi faire d'autre, je criai :

— Et comment savez-vous que ce sont vos ordres ?

— Qu'est-ce que tu veux dire, salope ? siffla le quatrième rat-garou.

— Ben… vos ordres ont peut-être changé. Le chef n'est pas là pour vous le dire…

— T'es conne ou quoi ? Il vient de nous parler par Braintime.

C'est alors que Wanda comprit ce qui se passait. Elle leur dit :

— On ne vous croit pas ! Vous n'avez même pas d'iCagoule !

— On a des iButtplugs, sale dégénérée ! cria le rat-garou qui tenait son revolver contre la tempe de Lola Coma qui pleurait à chaudes larmes.

— Il n'y a aucun moyen de savoir si c'est vrai, à moins de nous envoyer un poke. Moi c'est Wanda6457, elle c'est Anne91897.

— Pourquoi ferait-on une telle chose ? demanda le deuxième rat-garou.

— Parce qu'on saura ainsi que vous ne bluffez pas, que vos renforts arriveront sous peu et que c'est dans notre intérêt de vous laisser filer, dit Wanda.

Les rats-garous réfléchirent un moment, puis j'entendis dans ma tête quatre pings successifs envoyés par neuroconnexion.

— Voilà, maintenant, déguerpissez et...

Le rat-garou n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Comme ses compères, il poussa un cri volupté, puis s'effondra, raide mort, une expression d'extase au visage.

Mais, mais… qu'est-ce qui s'est passé ? bredouilla Andy Normal.