Je fis comme Raymond-la-Science me l'avait demandé si poliment et je préparai le goûter de mes minous : sept bols de pâtée, sept bols d'eau bien fraîche. Toute la bande se rua sur leur en-cas comme si c'était le dernier repas du condamné.

À travers les bruits de lapement et les ronronnements, Bonnot finit par me raconter :

Les chats de la bande en pleine bataille de rue.
Les chats de la bande en pleine bataille de rue.

— Tu vois, on revenait de la troisième strate, après notre expropriation quotidienne des marchandises usurpées par la bourgeoisie.

— On leur a volé une sacrée quantité de boîtes ! ajouta Garnier avec enthousiasme.

— Tu l'as dit, compagnon ! La Delaunay-Belleville était remplie à pleine capacité, j'avais presque du mal à la conduire, dit Valet.

— On s'est donc garés dans la ruelle juste à côté de l'appart, à l'endroit où on planque habituellement la limousine, poursuivit Bonnot. On s'apprêtait à transporter le butin quand on est tombés nez-à-nez avec des rongeurs armés jusqu'aux dents.

— Ils étaient une vingtaine, en uniforme paramilitaire, avec leurs insignes et leur drapeau de merde et surtout, des armes à feu – ce qui est inhabituel de leur part, précisa Raymond-la-Science.

— Mes pauvres minous ! Vous avez dû avoir toute une frousse ! m'exclamai-je.

— Ha ! Depuis quand les prédateurs ont-ils peur des proies ? Ce ne sont pas quelques rats qui vont nous impressionner... surtout que nos pétoires sont plus performantes que les leurs, dit Soudy en caressant son Glock 18.

— On t'épargne donc les détails sanglants. Disons seulement qu'on les a réduits en pâtée, grâce aux bons soins de Carouy, conclut Bonnot.

— Kaboom ! Kaboom ! cria Carouy avec enthousiasme.

— Sauf qu'après, c'était franchement dégueulasse de leur faire les poches, dit Monier. J'ai quand même trouvé ceci sur l'un d'eux.

Monier me tendit une feuille de papier tachée de sang.

— Peut-être que ce serait une bonne idée de le montrer à ta copine Orgasmatron Girl... dit Bonnot avant de retourner à son bol de pâtée.