Anne, Nessos et Andrea devant le crâne géant.
Anne, Tramontina™, Nessos et Andrea devant le crâne géant.

Nous nous mîmes donc en route, Nessos, Andrea et moi, en suivant les traces de pas que Tramontina™ identifiait pour nous dans la poussière noire et puante des égouts. La chaleur était étouffante et l'air chargé de particules lourdes qui rendaient notre respiration ardue. De nous quatre, c'était Andrea qui semblait le plus souffrir de cet environnement hostile ; iel ne se plaignait pas, mais suait à grosses gouttes qu'iel essuyait avec le chiffon à godemachette que je lui avais prêté et qu'iel tenait avec une de ses robo-tentacules. Nessos, quant à lui, avait l'air d'être en terrain connu et ne semblait pas souffrir outre mesure de l'insalubrité ambiante, ce que je mis sur le compte de son expérience professionnelle. Quant à moi, je portais mon épibarrière, alors c'était surtout l'inhalation de toute cette poudre merdique qui m'incommodait.

Nous marchâmes donc sans échanger une seule parole pendant quelques heures, sautant par dessus les fragments d'ordures qui nous barraient la route et contournant les plus gros – comme la moitié déchiquetée d'un bus Volkswagen qui avait atterri là en passant par Dieu sait où. La quantité de bouts de cadavres de chiens et de chats à diversement décomposés me confirma que le PETA avait peut-être en partie raison dans sa quête pour l'abolition des téléporteurs sanitaires. Je finis par briser le silence en disant :

— Quand je pense qu'on nous a vendu la téléportation comme solution à tous nos problèmes... quel gâchis.

— La technologie est rarement une solution à nos problèmes, philosopha Nessos. Chaque problème qu'elle règle en crée deux qui vont dans le même sens et aggravent la situation.

— Le problème n'est pas... ouf... la technologie, mais... ouf... l'usage irresponsable qu'en font les individus... ouf... c'est pour ça qu'il y a des guildes professionnelles avec des codes de déonto...

Andrea ne put finir sa phrase et s'écroula dans la poussière excrémentielle.

La cagoule, aide-moi à la·e hisser sur mon dos, me dit Nessos.

— Je sais que je me répète, mais tu dois admettre que je n'avais pas tort tout à l'heure quand je disais vouloir partir avec mes provisions. On aurait eu de quoi boire et manger, dis-je après avoir installé Andrea le ventre contre le dos de Nessos.

— Pour ce qui est de l'eau, j'en détecte à proximité de l'affleurement rocheux vers lequel nous nous dirigeons depuis le début, commenta Tramontina™. Ce qui m'inquiète davantage, c'est que j'aurai besoin d'être rechargée dans une dizaine d'heures.

— Un problème à la fois, le couteau à beurre. On va commencer par se trouver un abri, parce que si le Scatorocco se lève, je ne donne pas cher de nos os, dit Nessos.

— Comment se fait-il que tu en saches autant sur cet endroit ? demandais-je à Nessos.

— C'est... compliqué. Je te raconterai plus tard, promis.

Je dus me contenter de cette réponse. Nous marchâmes donc encore une bonne heure, nous approchant peu à peu du pic rocheux dont nous arrivions de mieux en mieux à distinguer les contours.

— Ne trouves-tu pas que ce rocher a l'air d'un crâne ? demandai-je à Nessos.

Le dildo-manche de Tramontina™ émit une lueur rose, puis elle dit :

— Mon scan confirme que le rocher est en forme de crâne.

Nessos plissa les yeux, puis se retourna vers moi en disant :

Ce n'est pas un rocher en forme de crâne ; c'est un crâne.