Je claquai la porte au nez des b'lergheumb'lehiens, envoyai valser mon short, remis mon iCagoule et retournai sur le sofa pour continuer ce que j'avais commencé. Je choisis une autre vidéo sur Neuroporn, où une dame d'âge mûr est couchée sur le ventre sur ce qui a l'air d'être un cheval de gymnastique rembouré et recouvert de cuir noir et présente son cul à un trans-équin qui bande comme jamais personne n'a bandé. « Now THAT'S the good stuff ! » me dis-je en remettant une couche de lube sur ma vulve et en mettant mon Magic Wand en deuxième vitesse. Alors que le centaure sexy pénétrait avec mille précautions la dame qui se pâmait de bonheur, je commençais moi-même à ressentir les frissons de plaisir qui inaugurent la montée vers l'orgasme.

Évidemment, c'est à ce moment précis que quelqu'un sonna encore à la porte.

— Ah querisse ! Pas moyen de se branler tranquille, franchement, quelle triste époque !

J'enlevai donc mon iCagoule, arrêtai mon Magic Wand, remis mon short pour cacher ma snatch gluante et allai répondre. Devant ma porte se tenait Manny Griffs, tenant une grosse boîte de carton.

— Dis donc, ma vieille, tu en as mis du temps avant de répondre… Je te gage que tu étais en train de te rouler la bille, me dit-il en me faisant la bise.

La dernière récolte de Manny.
Les bouquins que Manny m'a proposés.

— On peut rien te cacher, mon salaud, dis-je en lui faisant signe d'entrer. J'étais en train de regarder des vidéos sur Neuroporn.

Manny sortit une barrette de néantine de la poche de sa chemise, l'inséra dans le port situé derrière son oreille droite, puis dit :

— Tu ne devrais pas fréquenter ce site. En le visitant, tu exposes tous les détails de ta vie intime et tu te fais ficher par le SPV et les trois fucking sphères du pouvoir – et ce n'est pas bon du tout pour le business.

— Meh. Chacun sa drogue. Toi c'est la néantine, moi c'est la porn sur le neuronet, dis-je en haussant les épaules.

— Et le kwaa, ajouta-t-il.

— Le kwaa, ça ne compte pas.

— Jusqu'à ce que ça commence à te donner des hallucinations et que tu n'arrives plus à distinguer la fiction de la réalité, comme tu le fais toujours. Est-ce que tes chats te parlent toujours?

— Oui, pourquoi ?

— Voilà. C'est exactement ce que je veux dire.

Agacée, je fis dévier légèrement la conversation.

— Alors ? Tu viens voir ma marchandise ?

— Oui ! J'ai hâte de voir ce que « tes chats » ont volé pour moi cette semaine.

— Les mêmes trucs que d'habitude, sauf qu'ils sont différents, lui dis-je en lui faisant signe de me suivre dans la Bibliotheca Annarca.

Le placard de la bibliothèque était à moitié rempli de boîtes de Necromart non ouvertes.

— J'adore les paquets surprise, dit Manny en rigolant. La récolte a été particulièrement bonne, à ce que je vois. On y va à l'aveuglette, comme d'habitude ?

— Oui-da. Et qu'est-ce que tu m'offres cette fois-ci ?

— Je connais tes goûts, Anne. J'ai ici La vie d'une prostituée par Marie-Thérèse... La merveilleuse histoire de Hsi Men avec ses six femmes extraite du Jin Ping Mei... Histoire d'I par Gaëtanne... Zones humides de Charlotte Roche... et le Rapport Hite, par Shere Hite.

— Attends... Le Rapport Hite ? Est-ce que c'est l'édition originale ?

— Bien sûr que non, l'édition originale est en anglais. C'est la première traduction française, par contre.

J'eus de la difficulté à camoufler mon enthousiasme. J'allais peut-être avoir en ma possession une copie rarissime du livre sacré de ces connards de b'lergheumb'lehiens. Je pourrais sûrement le leur revendre à prix d'or.

— Ok. Je t'échange mes paquets contre ces cinq livres, dis-je avec ma poker face.

— Ha ! s'écria Manny. N'essaie pas de m'en passer une petite vite, je sais que ce bouquin vaut la peau des fesses.

— Et comment sais-tu ça, au juste ?

— Parce que les porteurs de la mauvaise nouvelle viennent frapper à ma putain de porte tous les matins, voilà pourquoi.

— Dans ce cas, pourquoi ne leur vends-tu pas ce livre ?

— Parce que ces types me foutent la chair de poule et que je préfère me tenir très loin d'eux.

— Dans ce cas, je suis ta seule acheteuse potentielle. Check mate, mister Griffs.

— Je peux aussi le garder comme monnaie d'échange contre ma vie le jour où les champignons auront pris le contrôle du monde, tu sais.

— Je te donne mes boîtes et cinq cent kwachas zambiens.

— Deux mille.

— Mille et je ne te querisse pas de coup de pied dans le scrotum.

— Marché conclu. C'est un plaisir de faire affaire avec vous, madame.

— Allez, dehors avant que je ne change d'idée.

Je plaçai mes précieux livres sur les rayons de la Bibliotheca Annarca, puis aidai Manny à charger les boîtes dans sa camionnette. Avant de partir, il me fit la bise et me demanda :

— Même heure la semaine prochaine ?

— Ça va dépendre de ce que la bande à Bonnot va bien vouloir me donner. Et je commence sérieusement à envisager une carrière d'Orgasmatron Girl… J'ai rencontré une chouette fille qui fait ce métier et j'ai commencé à épargner pour m'acheter un Orgasmatron. Et puis, j'ai déjà la iCagoule

Manny retira la barrette de néantine de son port sous-auditif, la remplaça par une autre, puis me dit :

— Ce n'est pas un métier pour toi, chérie. Tu as peur de ton ombre.

— Pffff. Tu n'en sais rien. Si ça se trouve, tu seras un de mes premiers clients.

— Pas de danger, tu n'es pas assez virile pour moi. Bye Anne !

— Bye, crosseur de mon cœur ! lui dis-je avant de refermer la porte derrière lui.

J'étais peut-être plus légère de mille kwachas zambiens, mais au moins j'allais enfin avoir tout le loisir de me branler tout mon soûl.