Rottekongen hackant le spectacle des Stunning Frequencies pour déverser sa haine.
Rottekongen hackant le spectacle des Stunning Frequencies pour déverser sa haine.

Visiblement satisfait de l'émoi qu'il avait causé, Rottekongen râcla sa gorge, bomba le torse, prit une pose à la Mussolini puis se lança dans une diatribe haineuse et hallucinée :

— Chers compatriotes, laissez-moi profiter du fait que j'ai toute votre attention pour vous rappeler que notre grande et glorieuse nation est menacée par un danger mortel : celui de la miscégénation, de la corruption et de la décadence. Au moment même où je vous parle, nos rues sont souillées par ces dégénérés génétiques de centaures, par les putains immondes et cagoulées et les crasseux mondialistes sataniques qui sapent les fondements de notre société !

— Attends... il parle de nous, là ? demandai-je à Wanda.

— J'aurais dû faire la peau à ce salopard quand j'en avais l'occasion, dit Wanda en serrant les dents de rage.

— Nous, rats-garous, sommes les seuls à oser proclamer cette vérité ! poursuit Rottekongen. Nous sommes les porte-paroles de la majorité silencieuse qui en a assez que ces sous-humains complotent pour corrompre nos enfants, détruire nos familles et affaiblir l'autorité de nos institutions les plus précieuses telles que la police dont les héroïques agents se sacrifient tous les jours pour assurer notre sécurité ! Nous devons nous unir derrière moi, votre chef bienveillant, pour nous débarrasser de cette pourriture !

— Il doit sûrement y avoir un moyen de le faire taire… dis-je à Wanda, complètement dégoûtée par la diarrhée vomie par le fasciste sur l'écran géant.

— Si j'arrivais à me connecter au réseau utilisé par les Stunning Frequencies pour diffuser leur spectacle, j'arriverais peut-être à interrompre la neuroconnexion, dit Tramontina™.

— Il faudrait pour cela grimper sur scène et avoir accès au podium du DJ... dit Wanda.

— Qu'est-ce qu'on attend? Let's go ! criai-je en m'élançant, godemachette au poing.

Je me mis à courir vers la scène, suivie de près par Wanda, bousculant au passage les spectateur·trices hébété·es par le discours de Rottekongen qui continuait de déverser sa haine :

— Joignez-vous à nous pour nettoyer notre ville de ces ordures sous-humaines ! Joignez-vous à nous pour enfin rétablir l'ordre et les valeurs traditionnelles ! Mort aux dégénérés ! Mort aux pervers ! Vive le renouveau national !

Arrivées devant la scène, Wanda et moi grimpâmes sur une colonne de hauts-parleurs, puis nous sautâmes juste devant le podium. Andy Normal, debout derrière la console d'ajustement d'ondes, semblait être dans un état catatonique. Je le poussai et il tomba sur le dos en entraînant Tranny Trance et Lola Coma – qui étaient plongées dans le même état hypnotique que lui – dans sa chute. Je plaçai ensuite Tramontina™ sur l'interface de la console et Wanda lui dit :

— J'espère que tu sais ce que tu fais ! Tous ces gens sont dans une transe profonde et la moindre erreur de déconnexion pourrait leur causer un tort neuronal irréparable !

— Faites-moi conscience, je vais débrancher ce connard en un rien de temps, dit simplement Tramontina™.

Sur l'écran, le rat-garou s'emportait :

— Mort aux centaures ! Mort aux putes ! Mort aux commu...

La voix du chef fasciste cessa de se faire entendre et l'écran géant s'obscurcit. Tramontina™ avait réussi à interrompre la transmission neuronale de Rottekongen.

— Yes ! Tu as réussi ! dis-je à Tramontina™ en la débranchant de la console.

— Pas le temps de pavoiser ! cria Wanda. Nous avons de la compagnie !

Je regardai autour de moi et constatai que des rats-garous en provenance des deux côtés de la scène fonçaient droit vers nous.