Andrea se tenait à côté de l'immense sphère bleue de sa création et souriait de façon rassurante en m'invitant d'un geste de la main à sauter. C'est bien entendu à ce moment que j'eus le trac.

— Je ne vais pas être réduite en poudre, vous êtes certain·e ?

— Il n'y a qu'une chance sur trois cent milliards que ça se produise, répondit Andrea.

— Sûr·e ?

— Non. La probabilité exacte est de une pour deux cent quatre-vingt-dix-neuf mille milliards, huit cent vingt-deux millions, quatre cent mille six cent trois.

Mes chats ! Je ne peux pas les abandonner ici ! criai-je.

— Tu les as fait sortir ce matin, ils sont en sécurité, répondit Tramontina™.

Le moment ou jamais de sauter.
Le moment ou jamais de sauter.

— Ils font des braquages ! Ils ne sont jamais en sécurité à l'extérieur !

— Ils le sont plus qu'ici, ça c'est certain ! cria Nessos qui abandonna son pulvérisateur vide au pied du téléporteur sanitaire.

Mes livres ! Mes précieux livres ! Je ne peux pas les abandonner comme ça !

— On fera un Mould Control et on demandera à B'lergheumb'leh de te les restituer ! On ne peut plus attendre, saute ! s'impatienta Nessos !

— Mes barres Eat More ! Mes sachets de kwaa ! J'en ai pour au moins trois mille wons nord-coréens !

— Alors là, non. Ça suffit, à la fin, dit Andrea.

Iel me poussa avec deux de ses robo-tentacules et je tombai dans le vortex du téléporteur sanitaire.

Le voyage fut exactement le même que tous les autres que j'ai faits à travers un portail intégral : synesthésie généralisée, perte de la notion du temps, hallucinations diverses, sensation de sécheresse dans les muqueuses, légère nausée, euphorie sans raison ni objet, envie de revoir la version extra-longue du Seigneur des anneaux.

Après une éternité qui n'avait duré q'une fraction de seconde, je me retrouvai en compagnie de Nessos et d'Andrea dans le lieu le plus glauque que je n'aie jamais vu.