Wanda m'aida à apporter les tasses et le pot de kwaa dans le salon où toute la bande à Bonnot m'attendait.

— Qu'est-ce qui se passe, camarade ? me demanda Monier. On a failli attendre.

— Ça vient, ça vient, mes ti-minous d'amour ! répondis-je. Je ne savais pas que vous aimiez le kwaaje ne savais même pas que vous étiez de retour de votre promenade !

— « Ti-minou d'amour »… franchement, tu nous prends de haut, siffla Valet.

— Laisse-la donc faire, René, dit Garnier en ronronnant. Anne veut juste être polie.

Raymond-la-Science et Wanda dégustant une bonne tasse de kwaa.
Raymond-la-Science et Wanda dégustant une bonne tasse de kwaa.

— Pfff. La politesse est le visage souriant du capitalisme, ajouta Valet en se léchant la patte.

Je m'approchai de Valet et lui grattai derrière les oreilles.

— Je suis désolée, camarade. Quand je tombe dans ces travers, c'est juste parce que je vous aime, lui dis-je avec tendresse.

Valet se mit lui aussi à ronronner. Les yeux mi-clos, il me dit, en frottant sa tête dans ma main :

— Tâche de ne pas récidiver.

Lorsqu'il eut assez de caresses, je versai ensuite le kwaa brûlant dans les tasses. Au même moment, Garnier, Monier et Bonnot se mirent à sortir des aliments et gâteries de boîtes volées de Necromart pour les placer sur un plateau étagé : des sandwiches au concombre, des scones, de la marmelade, de la crème anglaise, et surtout des barres Eat More.

— Ça, c'est évidemment pour toi, me dit Raymond-la-Science en pointant les barres du bout de la patte.

— Ne me dis pas que tu manges ces saloperies ! s'écria Wanda, stupéfaite par cette révélation.

— Elle les mange même en buvant du kwaa, dit Carouy en fourrant son museau dans la crème anglaise.

— Et on sait tous et toutes qu'est-ce qui se passe quand on mélange les deux, philosopha Raymond.

Anne ! Tu vas perdre contact avec la réalité ! Il y a des recherches qui le prouvent ! s'inquiéta Wanda.

— Tu sais bien que plein d'autres recherches ont démontré que la réalité est très surfaite, répondis-je en haussant les épaules. Comment prenez-vous votre kwaa ?

— Sucre ! cria Bonnot.

— Beaucoup de lait ! demanda Valet.

— J'ai tout ce qu'il faut pour le parfumer, ricana Monier, en nous montrant sa bouteille d'aquavit.

— Chouette ! Moi aussi je veux un à-kwaa-bon ! dit Garnier en se pourléchant jusqu'aux moustaches.

— J'ai tout ce qu'il faut merci ! répondit quant à elle Wanda, en sortant une barrette de néantine de la manche de son épibarrière.

Je servis le kwaa à tous et chacune, comme iels le préféraient, puis m'en préparai une tasse exactement comme je l'aime : noir comme la mort et brûlant comme l'enfer. Je bus à petites gorgées en croquant dans une Eat More, jusqu'à ce que le sentiment familier et réconfortant d'euphorie et de dissociation avec moi-même m'envahisse.

— Moi, je prendrais de la crème et du sucre. Ou alors du lait condensé sucré ? J'aime tout ce qui est crémeux et sucré, dit une jeune dame inconnue que je n'avais pas remarquée et qui était assise à la table, directement devant moi.