Lorsque la sonnerie de l'Orgasmatron se fit entendre. Mon cœur bondit : mon premier client ! Son message était des plus laconiques : « C'est vrai que tu accepte les trans-équins ? » Je bondis de joie : j'ai toujours eu un faible pour les centaures et le fait que mon premier client en soit un était tout simplement merveilleux.

« Évidemment que j'accepte les trans-équins ! Ce sera un plaisir de vous recevoir ! », ai-je répondu. Le client revint immédiatement à la charge :

« Est-ce que tu offres un rabais pour les trans-équins ? C'est la journée mondiale de la sensibilisation à la trans-équinité et ce serait un beau geste. »

Mon premier client
Mon premier client

Je n'avais aucune idée qu'une telle journée existait et puisque je ne voulais pas passer pour une sotte, j'ai répondu :

« Bien sûr ! J'offre 15% de rabais pour la journée des trans-équins ! »

« J'ai des kyats du Myanmar. C'est ok ? »

« Oui, absolument. »

« Ok, j'arrive tout de suite. »

L'Orgasmatron se mit à vrombir et à émettre une lumière bleue intense. Après quelques secondes seulement, un homme apparut dans la cabine, puis l'appareil s'éteignit. J'ouvris la porte et lui tendis la main pour l'inviter à sortir. Il n'avait pas l'air du tout d'être trans-équin : c'était un type dans la soixantaine au front dégarni qui portait un costard de banquier.

— Salut la Girl ! C'est joli chez toi, franchement, je ne m'attendais pas à ce que quelqu'un qui fait ton boulot lise des livres... À moins que ce soit l'appartement de quelqu'un d'autre ?

— C'est mon appartement et ce sont mes livres. L'Orgasmatron est dans ma bibliothèque parce qu'il n'y avait pas de place ailleurs pour le mettre.

— Oui, bien sûr, je te crois, dit le client en me faisant un clin d’œil. C'est combien de kyats pour que tu me suces la queue en me mettant ta godemachette dans le cul ? Avec ton rabais pour les trans-équins, évidemment. 

— Ce sera soixante et onze mille kyats pour la fellation, sans le rabais pour les trans-équins.

— Hého ! Tu viens de me dire que tu offrais un rabais de 15% en l'honneur de la journée mondiale !

— Vous n'êtes pas un trans-équin.

— Si, je le suis !

— Vous avez deux jambes, pas quatre pattes.

— Il y a des tas de trans-équins, moi je suis le genre qui a le haut du corps comme un humain et le bas du corps comme un humain.

— Vous me prenez pour une conne ou quoi ?

— Mon identité ne regarde que moi et moi, je vous dis que je suis trans-équin.

— Vous confondez l'identité de genre et les mutations corporelles sévères, monsieur. Ce sera soixante et onze mille kyats pour la fellation, sans le rabais pour les trans-équins et sans la relation anale avec la godemachette, parce que je n'en ai pas.

— C'est un scandale ! Je vais me plaindre à l'Association Mondiale des Orgasmatron Girls pour fausse représentation et pratique illégale !

— Je ne crois pas que ça existe, l'Association Mondiale des Orgasmatron Girls.

— Oh que oui que ça existe, j'en suis d'ailleurs le président – le premier trans-équin de son histoire. Aussi bien te le dire tout de suite : ceci est une évaluation-surprise de la qualité de tes services et jusqu'à présent, ce que j'ai noté est désastreux.

— Bon, ça suffit le délire. Quittez tout de suite, ça ne fonctionnera pas entre nous deux, finalement.

— Tu ne peux pas me forcer à partir, tu n'as même pas de godemachette, dit-il en souriant méchamment, les mains sur ses hanches humaines.

— Je n'ai pas de godemachette, mais j'ai une machette tout court. La lame est très tranchante, mais le manche de bois est rugueux et plein d'échardes. Ça me fera plaisir de m'en servir, comme complément gratuit à mes services.

Il me regarda d'un drôle d'air et devint soudainement livide. Visiblement, il croyait mon mensonge – ou ne voulait pas prendre le risque de vérifier si ça en était un.

— Ok, ok, pas la peine de s'énerver. J'ai seulement trente-cinq mille kyats de toute façon. Qu'est-ce que je peux avoir pour cette somme ?

— Le droit de partir sans goûter à ma lame.

— Laisse-moi juste te montrer ma bite pour trente-cinq mille kyats et ensuite, je pars.

— Ok, mais pas plus qu'une minute. Et je pars l'Orgasmatron tout de suite, pour que vous quittiez immédiatement quand elle sera écoulée.

Il ouvrit sa braguette et extrait de son pantalon une bite longue et mince qui était déjà en érection. Il se mit à la branler à toute vitesse, en faisant des bruits de chevaux avec sa bouche. Juste avant de jouir, il sortit une liasse de billets de banque, les mit en éventail dans sa main libre, éjacula à longs traits dessus, puis les laissa tomber sur le parquet de la bibliothèque. Sans même prendre la peine de se rebraguetter, il sauta la queue pendante et gluante dans l'Orgasmatron en criant :

— Ciao, la salope ! Je t'ai mis un pourboire sur ton cash ! Ha ha ha ha ha !

Je regardais les billets enfoutrés et me rendis compte qu'il ne s'agissait pas de kyats du Myanmar, mais de kips du Laos. Il y en avait bel et bien trente-cinq mille, ce qui équivalait à trois dollars canadiens plutôt que les vingt-cinq promis. Quel weirdo, ce salaud. Je jetai donc les billets spermeux dans la télépoubelle en vérifiant avec mon iCagoule sur le neuronet si c'était bel et bien aujourd'hui la journée mondiale de la sensibilisation à la trans-équinité et si l'Association Mondiale des Orgasmatron Girls existait vraiment – ce que j'aurais dû faire dès le début. La réponse était non dans les deux cas.

Je n'étais pas aux anges, c'est le moins qu'on puisse dire. Peut-être qu'essayer le mode stimulation de l'Orgasmatron allait me calmer et me mettre dans de meilleures dispositions...