Le livreur de Necromart
Le livreur de Necromart

À peine quarante minutes après avoir acheté ma godemachette, on sonne à ma porte ; c'était le livreur de Necromart qui, comme tous ses collègues, avait l'air sur le point de mourir.

— Faut que je vous remette ça en mains propres, dit-il en me tendant un paquet.

— Ok. Merci beaucoup !

— J'ai besoin de votre ADN ici... dit-il en me tendant un bloc à signature.

Je crachai dans le réceptacle, puis lui dis :

— Vous avez l'air mal en point... Voulez-vous un verre d'eau ? Un kwaa ? Une Eat More ? À moins que vous ayez besoin d'utiliser le téléporteur sanitaire ?

— Je ne peux pas... Cette interaction humaine dépasse déjà de 30 secondes le temps réglementaire…

— Ah bon. D'accord.

— Vous êtes gentille. Tenez, j'ai quelque chose pour vous.

Il sort une carte d'affaires de la poche de sa chemise et me la tend avec sa main décharnée. On pouvait y lire : « Rejoignez la C.R.A.S.S.E. – La Commune révolutionnaire anarchiste sous les égouts — Vous connaissez notre nom : vous savez où nous trouver ».

La carte de la C.R.A.S.S.E.
La carte de la C.R.A.S.S.E.

— La C.R.A.S.S.E. ? C'est quoi ça ?

— Vous connaissez le nom, vous savez où nous trouver. Je dois maintenant vous quitter, c'est maintenant fini pour moi.

— Votre quart de travail ?

— Non, tout.

— Ok ! Bonne chance pour la suite !

— Il n'y a pas de suite, pas de futur. Que l'éternel retour au rien, dit-il en tournant les talons.

Je le regardai claudiquer jusqu'à son camion, au cas où il tomberait mort dans mon entrée. La dernière chose que je voulais, c'est d'avoir à appeler mon crétin de propriétaire pour lui demander de venir ramasser un cadavre devant sa propriété. Je me tournai ensuite vers Raymond-la-Science et lui demandai :

— La C.R.A.S.S.E... tu dois connaître ça, toi ?

Raymond s'étira paresseusement et demanda :

— Pourquoi tu demandes ?

Le livreur de Necromart m'a donné ça, répondis-je en lui montrant la carte.

— Dans ce cas, tu connais leur nom et tu sais où les trouver.

— Ça ne rime à rien, ce truc.

— Meh. Tu verras bien en temps et lieu, dit-il en agitant lentement sa queue.

Ayant autre chose à faire de ma journée de congé que de jouer aux devinettes, je jetai la carte sur ma pile de factures en retard à payer et je consacrai mon attention sur le colis que je venais de recevoir.