J'étais sur Neuroporn en train de zieuter tranquillos des vidéos trans-équines, mon febrilator bien installé entre mes cuisses, quand je reçus un appel via Braintime. Comme d'habitude, une pub se mit à jouer dans ma tête :

La deuxième sphère du pouvoir vous rappelle que nous devons tous faire notre part pour lutter contre le bogue de Silène. Vous en avez assez des aspirateurs qui ont des crises d'anxiété sévères ? Vous n'arrivez plus à vous laver parce que votre ultradouche a des symptômes de dépression ? Vous n'arrivez plus à supporter votre tourniquette pour faire la vinaigrette parce qu'elle ne cesse de dire « À quoi bon, on va toustes crever » ? Il n'en tient qu'à vous de stopper le fléau de la conscience chez nos appareils domestiques. Lisez le mode d'emploi avant de vous servir de tout nouvel objet – et de grâce, faites en sorte qu'ils aient été pleinement rechargés pendant au moins 24 heures avant de vous en servir pour la première fois. C'était un message d'intérêt public payé par Necromart.com, la solution à tous vos problèmes de consommation – et même plus !

Lorsque le message fut terminé, je pus enfin dire : « Allô ? »

— Salut Anne, c'est Tranny.

— OH MY GODE ! Tranny Trance qui m'appelle pour vrai de vrai ! J'ai acheté toutes les pistes des Frequencies sur Necromart Music !

— Ouais, bien sûr, évidemment. Écoute, penses-tu que tu pourrais mettre Tina™ en ligne ? Elle ne m'a toujours pas rappelé·e et comme elle refuse de me donner son numéro…

— Tu es donc parti·e à la chasse pour me trouver et m'appeler, moi, personnellement ! dis-je avec émotion.

— T'es pas très difficile à trouver, tes annonces d'OG sont partout sur le neuronet. Allez, tu joins Tina™ à la convo, please ?

— C'est qu'elle est en recharge et qu'elle n'aime vraiment pas être réveillée…

— Come on. Je suis une personne genderfluid occupé·e. Mets-la en ligne.

— D'accord, d'accord… juste un instant.

Je me rendis dans la chambre et ouvris le placard de Tramontina™ qui rechargeait en ronflant. J'appuyai sur le bouton « ON » en grimaçant, parce que je savais bien ce qui allait se produire.

— Hein ? Quoi ? Quoi encore ? dit Tina™ avec sa voix des mauvais jours.

— J'ai Tranny en attente sur Braintime et iel veut que je t'ajoute à la conversion. Qu'est-ce que je fais ?

— Ah la la, qu'est-ce qu'iel peut être dépendant·e affectif·ve, dit Tramontina™ dans un bâillement. Allez, ajoute-moi, on verra ce qu'iel veut.

Je joignis donc ma godemachette à la conversation et me contentai d'écouter ce qu'iels avaient à se dire.

— Me voilà, dit tout simplement Tina™ lorsqu'elle fut en ligne.

— Allô bae, dit Tranny. J'espère que tu vas bien.

— J'irais mieux si j'étais full charge, répondit la godemachette.

— Je m'ennuie de toi, bae. Pourquoi tu ne m'appelles pas ?

— Je te l'ai dit, Tran, je suis occupée. Moi aussi j'ai une carrière.

— Je t'ai fait un petit photomontage, pour que tu penses à moi… Et je n'ai même pas pu te l'envoyer.

Le fichier TrannyTrance_ Loves_Tramontina.webp
Le fichier TrannyTrance_ Loves_Tramontina.webp

— Ah oui ? Tu peux le faire là, tout de suite, si tu veux.

Tranny envoya donc un fichier nommé « TrannyTrance_ Loves_Tramontina.webp » dans la conversation. Je l'ouvris et nous pûmes contempler un des trucs les plus kitchs qu'il m'est arrivé de voir de toute ma vie : l'image de Tranny et de Tina™ dans des cœurs dorés, sur fond vieux rose avec des rubans.

— C'est... spécial, dit Tina™ après quelques secondes de silence stupéfait.

— Tu aimes ?

— J'en aurais le souffle coupé si je respirais, répondit la godemachette.

— Je suis tellement content·e que tu l'aimes ! Je l'ai fait faire par une artiste nommée A.G.A.T.A. Ça m'a coûté un max et en plus, il a fallu que j'endure son caractère de marde.

— Je te remercie du fond des circuits imprimés, dit Tramontina™. C'est tout ce que tu avais à me dire ?

— Euh... non, en fait. Je me demandais si tu pouvais... enfin, si tu étais libre aujourd'hui pour passer un peu de temps à la maison avec moi.

— Tu sais que je travaille aujourd'hui, Tran.

— Tu travailles tout le temps ! On ne s'est vu·es que trois fois en un mois et toujours dans cet appart minable rempli de poils de chats de la première strate !

— Hey ! Ce n'est pas du tout minable ! La moquette est neuve ! protestai-je.

— Tu vas devoir accepter que j'ai une vie à moi et que je ne me bornerai jamais être l'épouse d'une star du Shock and Trance, dit Tramontina™, un peu agacée.

— Justement, j'ai appelé Anne pour retenir ses services d'Orgasmatron Girl. Il faudra bien que tu l'accompagnes, n'est-ce pas... C'est combien pour un outcall ?

— Désolée, Anne ne fait pas d'outcall, répondit Tramontina™ immédiatement.

— Pourquoi donc ? demanda Tranny.

— Elle trouve ça trop dangereux, répondit encore Tina™ à ma place. Ce qui est un peu absurde, parce que je suis toujours là et si quelqu'un sait se défendre, c'est bien moi, n'est-ce pas…

— D'accord. Abordons le problème autrement. Disons que j'ai des riyals saoudiens à dépenser. Ce serait combien pour un incall d'une demi-heure ?

— Elle n'accepterait rien en bas de 150 SAR ! répondit une fois de plus ma godemachette à ma place.

— D'accord. Et si je t'offre 8400 SAR pour un outcall de trois heures, qu'est-ce que tu dirais ? Ce serait dans mon luxueux manoir ultrasécuritaire de la troisième strate, alors tu ne risquerais rien.

— Pfff. Garde ton argent, tu ne peux pas m'acheter aussi facilement, siffla Tina™.

— Moi, par contre, on peut très bien m'acheter pour cette somme ! dis-je avec enthousiasme.

— Anne ! Franchement ! protesta Tramontina™.

— C'est dix fois ce que je fais normalement et le loyer est dû aujourd'hui, dis-je penaude.

— Je ne vois pas ce que ça vient faire là-dedans, le loyer est toujours dû aujourd'hui, répondit la godemachette.

— Tu as un Orgasmatron ou un Televisit®, Tranny ?

— Je te refile les coordonnées et je vous attends toutes deux dès que vous serez prêtes. À tout de suite ! dit Tranny Trance sur un ton enjoué.