La foule en délire accueillant ses idoles.
La foule en délire accueillant ses idoles.

— Yes ! Allons casser du facho ! Ils vont voir de quel métal je suis faite ! dit Tramontina™ en sortant du Vortex Manor.

— Euh… c'est que je suis novice dans le domaine de la bataille de rue... dis-je, un peu inquiète.

— Ha ! On forme un duo du tonnerre, c'est Bili qui l'a dit ! On va les découper en rondelles, ces saletés de rongeurs réacs ! renchérit Tramontina™.

— Modère tes ardeurs, chérie, dit Wanda à la godemachette. Il va y avoir des centaines de fêtard·es et des flics à chaque détour.

— Quel est le plan de match ? demandai-je à Wanda.

— Les collègues convergent vers le site du spectacle. On commence par observer la situation, évaluer les forces des adversaires. En temps normal, ça ne serait pas trop compliqué… sauf qu'on ne peut pas utiliser Braintime pour communiquer entre nous et nous coordonner, parce qu'on s'exposerait aux chocs orgasmiques de la musique des Stunning Frequencies.

— Tu crois que les fachos le savent et ont choisi de frapper pour cette raison ?

— Ils sont juste assez malins pour y avoir pensé tout seuls, répondit Wanda en haussant les épaules.

Dès qu'elle eut fini de prononcer cette phrase, nous entendîmes la voix de la présentatrice maison projetée par la centaine de haut-parleurs disposés tout autour du site du spectacle :

« Mesdames, messieurs, personnes non-binaires, pangenres, agenres, neutrois, genderqueer, genderfluid, two-spirit et bigenres, sans oublier nos demiboys et demigirls que nous aimons d'amour, veuillez accueillir les ceuses que vous attendiez toustes, please welcome... THE STUNNING FREQUENCIES !»

Le shock & trance se mit à jouer à un volume si élevé que j'avais peur que mes obturations dentaires décollent. Le public se mit à crier sa joie et sauter au rythme de la musique. Pendant ce temps, nous nous frayâmes, Wanda et moi, un chemin à travers la foule, dans le but de repérer la présence éventuelle de rats-garous. Nous fûmes éventuellement rejointes par une dizaine d'autres Orgasmatron Girls qui comme nous, veillaient au grain.

Lorsque la première pièce fut terminée, Lola Coma – une des musiciennes du groupe – prit le micro pour haranguer la foule :

— Boooonsoir Lustpark ! Wooohooo ! Tout le monde est prêt à s'amuser ? Tout le monde est prêt à entrer en transe ? Tout le monde est prêt à perdre le contrôle de ses sphincters et avoir des convulsions orgasmiques ? TONIGHT'S THE NIGHT, BABY ! FAITES DU BRUIIIIIT !

Dès les premières mesures de la pièce suivante, les personnes qui étaient connectées au spectacle avec leur iCagoule ou leur iButtplug – autrement dit, la presque totalité du public – furent prises de tremblements voluptueux, comme dans n'importe quel show de shock & trance. Les stimulations électro-acoustiques de la musique, jumelées aux projections stroboscopiques intenses eurent un impact immédiat sur le corps et la psyché des auditeur·trices. Certain·es étaient debout et dansaient de façon frénétique, les yeux révulsés et la mousse à la bouche ; d'autres étaient étendu·es sur le sol et se tordaient de plaisir, un sourire béat au visage. On voyait des femmes crier de joie, la main glissée dans leur shorts, des hommes qui sortaient leur sexe pour se branler ou le glisser dans la bouche de leur amant agenouillé devant eux, des humains s'embrochant les uns dans les autres de toutes les manières imaginables... et pas le moindre signe de la présence des rats-garous ; tout était normal, étrangement normal. Peut-être que les rapports fournis à Bili étaient alarmistes. Peut-être que les sources de la C.R.A.S.S.E. s'étaient trompées.

En fait, pas tant que ça. La pièce s'achevait et les gens dans le public profitaient de leur transe quand tout à coup, une voix nasillarde et désagréable de rongeur interrompit brusquement la musique.

— Je profite que vous soyez toustes dans un état de stupeur réceptive pour me présenter. Je m'appelle Rottekongen et je suis le Chef Suprême des rats-garous. Vous ne le savez pas encore, mais vous avez besoin d'entendre ma voix et mon message, car telle est ma volonté.