Ook, savourant une bonne tasse de kwaa.
Oook, savourant une bonne tasse de kwaa noyée dans le lait condensé sucré.

— Est-ce qu'il reste du lait condensé sucré dans le frigo, mon amour ? Si oui, je vais en prendre neuf parts avec une part de kwaa.

Une jeune dame aux cheveux noirs me regardait d'un air malicieux. Elle me disait vaguement quelque chose – et pas juste parce qu'elle me ressemblait comme deux gouttes d'eau. Wanda lui tendit une grosse cruche, qui contenait du lait condensé sucré, en lui disant :

— Je ne croyais pas que c'était possible de rendre le kwaa encore plus dégueulasse, mais je dois admettre que tu pulvérises toutes mes attentes, Oook. Félicitations, je suppose.

— Oh arrête, veux-tu. J'ai besoin de beaucoup de sucre pour rester aussi sexy. N'est-ce pas, mon trésor ? répondit la jeune femme en me faisant un clin d'oeil.

— Euh… est-ce qu'on se connaît ? lui demandai-je, confuse.

— Ha ha ha ha ha ! s'esclaffa-t-elle. Tu ne reconnais plus ton épouse ? C'est moi, Oook, ta tendre fraction périodique avoisinant la moitié et ta légitime compagne devant B'lergheumb'leh et les hommes.

— Ça me dit vaguement quelque chose en effet, dis-je hésitante.

Bonnot, tu étais assis au premier rang pendant la cérémonie… Dis-lui que ce fut un beau mariage, dit Oook en caressant la tête de mon chat avec une main qui s'étalait comme du beurre.

— Je crois bien qu'elle a raison, dit Bonnot en ronronnant, lui qui pourtant déteste qu'on le touche.

Il, pas elle, corrigea Oook en souriant à pleines dents – qui semblaient fondre comme des lampions.

— Ah la la, comment voulez-vous qu'on ne vous mégenre pas, vous les froppels, dit Wanda. Vous passez votre temps à passer d'un genre à l'autre.

— « Il » est moins long à écrire que « elle », dit tout simplement Oook en haussant les épaules.

— Dis, Oook… peux-tu me faire l'imitation, tu sais, celle de la dernière fois… On avait tellement rigolé ! demanda Valet.

— Pour toi, mon gentil petit minet, ce sera un plaisir, répondit Oook en commençant à se transformer en masse gélatineuse.

— Gentil petit minet... j'adore qu'on m'appelle gentil petit minet, s'entendit dire Valet avec surprise.

Pour amuser mes chats, Oook prit graduellement l'apparence d'une masse gélatineuse semi-translucide et informe. Il se mit ensuite à vibrer et à être traversé de vagues, puis adopta une nouvelle forme – celle d'un rat-garou portant uniforme noir et casquette. Oook grimpa ensuite sur la table, se mit carrément les pieds dans les plats de Eat More, puis se mit à faire des saluts romains en criant :

— Heil ! Heil ! Heil ! Je suis Rottekongen, prosternez-vous devant ma puissance ! Heil ! Heil ! Heil ! Les chats au fourneau, les salopes contre le mur et les centaures dans la fosse commune ! Ce n'est pas parce que j'ai la raie du cul mal torchée que je ne vais pas devenir maître du monde ! Heil ! Heil ! Heil ! J'ai tellement de fromage au bout de la bite qu'on me confond avec une fondue parmesan !

Tous les chats de la bande à Bonnot riaient à chaudes larmes en applaudissant à tout rompre. Ils avaient l'air de trouver ça extrêmement drôle et même Wanda s'esclaffait devant cette imitation plus que parfaite. Moi, j'étais beaucoup trop confuse pour apprécier réellement le spectacle. Oook/Rottekongen se mit ensuite à chanter Vieuholle über alles en dansant comme une ballerine, ce qui accentua l'hilarité générale.

Après quelques minutes de ce manège, le faux Rottekongen se mit à fondre et Oook retrouva plus ou moins la forme de « mon épouse » – et j'utilise des guillemets parce que je ne suis toujours pas, à ce jour, convaincue que ce mariage ait réellement eu lieu. Devant moi se tenait maintenant une approximation de moi-même en plus visqueuse, comme si on m'avait laissée un peu trop longtemps au soleil et que la moitié inférieure de mon corps aurait fondu et se serait étalée sur le parquet.

Oook, tu es comme un Barbapapa – en plus drôle et en plus sucré ! dit Garnier en essuyant ses larmes du revers de la patte.

— Hulaup, mes chéris ! s'écria Oook en faisant la révérence.

— Ça va, Oook ? s'inquiéta Wanda. On dirait que tu as de la difficulté à garder ta forme...

— Ce n'est rien, j'ai juste un sacré coup de barre. Faire le fasciste demande beaucoup d'efforts, car toute cette haine est très énergivore pour un modeste champignon tel que moi. Je pense que je vais aller faire une sieste, histoire de me requinquer, dit Oook en baillant. Tu viens me border, ma chérie ?

— Qui ? Moi ? demandai-je, passablement troublée.

— Qui d'autre, mon amour ? me dit Oook en me tendant une main qui ressemblait davantage à une tentacule avant de m'entraîner vers ma chambre à coucher.