— Tu ne devrais pas boire cette merde, Anne. Ça te bousille le cerveau depuis trop longtemps, me dit Manny. Et puis, je suis sûr que ça ne doit pas t'aider, après ce qui vient de t'arriver

— Je ne savais pas que tu buvais du kwaa… dit Wanda en m'aidant à me relever.

— Ça m'aide à me concentrer quand je fais de la lecture ou du catalogage dans la Bibliotheca Annarca, dis-je en me dirigeant vers la cuisine.

— Tu veux dire ta chambre d'amis ? dit Manny en me suivant.

— ♪ On boit quoooi ? ♫ Du bon KWAA ! ♪ Ça goûte quoooi ? ♫ Ça goûte le bon goût du KWAA ! ♪ chantai-je en remplissant la bouilloire.

Une bonne tasse de kwaa™.
Une bonne tasse de kwaa™.

— Même leur jingle est toxique et ronge les cerveaux, maugréa Manny.

— Ne sois pas si scrogneugneu ! Tout le monde boit du kwaa… Pas vrai, Wanda ?

— Qui ? demanda Manny.

Wanda… ?

— Il n'y a pas de Wanda ici, Anne.

Je regardai autour de moi et je constatai qu'il avait raison : Wanda n'était pas là.

— Elle était ici il y a quelques secondes à peine… Elle vient tout juste de m'aider à me relever…

— Tu t'es relevée toute seule, Anne.

C'est toi qui l'as appelée avec mon iCagoule

— Je ne sais pas ce qu'est une iCagoule et je n'ai appelé personne. Je t'ai trouvée étendue nue par terre, ton vibromasseur à la main et tes cheveux baignant dans une flaque de cette saloperie de kwaa.

— Je ne suis pas folle, vous venez de me dire, Wanda et toi, que vous m'avez trouvée évanouie dans mon Orgasmatron !

— Anne, je ne comprends rien à ce que tu racontes. C'est quoi un Orgasmatron ? C'est le nom que tu donnes à ton vibromasseur ?

Nous nous regardâmes pendant de longues minutes. Manny avait l'air presque aussi confus que moi.

— J'ai… j'ai besoin d'un kwaa, dis-je en me préparant une tasse.

Manny soupira en se frottant les tempes.

— Vas-y, fais-toi une tasse de kwaa. Au point où nous en sommes…

Tremblante et un peu confuse, je mis une double dose de poudre brune dans ma tasse avant d'y verser l'eau bouillante. L'odeur familière de champignons grillés titilla mes narines et je me sentis immédiatement beaucoup mieux. Dès la première gorgée, l'anxiété et le sentiment de mort imminente s'estompèrent de mon esprit pour être remplacés par une douce euphorie et un engourdissement délicieux. C'est alors que j'entendis Wanda dire, en sortant des toilettes :

Il va falloir que tu appelles ton propriétaire, chérie. J'étais assise sur le téléporteur sanitaire et j'ai remarqué qu'il y a de la moisissure qui pousse au bas de tes murs…

Je me retournai et Manny n'était plus avec moi dans la cuisine.

— Euh… Tu n'as pas vu Manny ?

— Il est parti il y a une bonne demi-heure, juste avant que tes chats n'arrivent, répondit Wanda, en insérant une barrette de néantine dans le port latéral de son iCagoule.

— Alors ! Il arrive ce kwaa ? entendis-je miauler Octave Garnier depuis sa boîte, dans le salon.