Puisque le temps filait, je n'ai pas pris le temps de mettre ma nouvelle godemachette sur la charge, j'ai sauté dans l'ultradouche, puis j'ai enfilé ma plus belle épibarrière – celle avec des spirales qui me donnent un petit air de cible mouvante. J'ai mis un peu de rouge sur mes lèvres et j'ai attaché ma godemachette à ma taille, puis j'ai pris place dans la cabine de l'Orgasmatron, direction Lustpark (en faisant attention de ne pas le mettre en mode stimulation, comme lors de la première fois que je l'ai utilisé).

Le voyage fut exactement le même que tous les autres que j'ai faits à travers un portail intégral : synesthésie généralisée, perte de la notion du temps, hallucinations diverses, sensation de sécheresse dans les muqueuses, légère nausée, euphorie sans raison ni objet, désir impétueux de m'abonner à la boîte-repas hebdomadaire HelloFresh. J'émergeai au bout du long tunnel quantique dans un Televisit® devant le guichet d'entrée de Lustpark, où m'attendait Wanda.

L'entrée de Lustpark
L'entrée de Lustpark

— Salut beauté ! Tu as l'air resplendissante ce soir ! me dit-elle en me faisant la bise.

— C'est que je suis tutessitée d'être enfin la propriétaire d'une godemachette !

— Nice ! Comment est-elle ?

Je ne sais pas, je ne l'ai utilisée pour l'instant que sur moi-même

Je veux dire, quelle est sa personnalité ?

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

— Chaque godemachette a une personnalité unique. C'est tout l'intérêt de l'outil. Sinon, aussi bien épargner son fric et n'acheter qu'une machette et un vibromasseur.

— Ah... et comment je fais pour savoir quelle est la personnalité de ma godemachette ?

— Tu n'as pas lu le mode d'emploi ?

— Bien sûr que j'ai lu le mode d'emploi, mentis-je. Je ne suis pas conne.

— Dans ce cas, tu n'as qu'à la mettre en mode personnalité et l'allumer.

— C'est tout ?

— Yup. Tu viens ? Je veux m'acheter deux ou trois barrettes de néantine avant d'entrer, dit Wanda.

Je n'aime pas que tu sois continuellement sur ce truc, dis-je tristement.

— Ha ! Dit la fille qui ne passe pas une heure sans boire son kwaa !

— Ce n'est pas la même chose et tu le sais bien.

— C'est exactement la même chose ! Parfois tu es si défoncée que tu crois que tes chats te parlent !

Si mes chats parlent, ce n'est pas à cause du kwaa, mais bien parce qu'ils parlent, tout simplement. Je lui objectai donc l'argument-massue :

— Sauf que le kwaa est légal et vendu par Necromart et pas la néantine.

Wanda haussa les épaules et s'approcha d'un type qui se tenait près de l'entrée et qui portait un uniforme de livreur de Necromart particulièrement usé et sale. Iels échangèrent quelques mots, puis le livreur lui remit trois barrettes de néantine. Je pensai alors à la carte que m'avait remise l'autre livreur.

— Allez hop ! On y va ! dit Wanda en insérant une barrette dans le port latéral de son iCagoule.

— Wanda... est-ce que tu as déjà entendu parler de la C.R.A.S.S.E. ?

— Pourquoi tu demandes, dit-elle, alors que la lueur rose typique du protocole de la néantine commençait à être visible à travers son iCagoule.

— Un livreur comme celui qui t'a vendu ta shit m'a donné une carte d'affaires avec ce nom.

— Maintenant que tu connais leur nom, tu sais où les trouver. Allez viens, j'ai des trucs à faire avant le spectacle des Stunning Frequencies !

— Tu crois qu'on pourra rencontrer Tranny Trance backstage ?

— Tout est possible, chérie ! me dit Wanda dans l'euphorie du non-être.

Nous entrâmes donc en riant dans Lustpark, bras dessus bras dessous comme des gamines, en nous dirigeant vers le palais des glaces.